
C’est une attitude qui devient de plus en plus fréquente et qui tend à se banaliser que l’on en soit à l’origine ou que l’on le subisse, il me parait important de voir ce qui peut se cacher derrière un tel comportement: ce que l’on fait et, ou ce que l’on peut subir.
Dans une société où la parole semble se libérer sur certains sujets , elle peut aussi être « bloquée », coupée et ce paradoxe de comportement est interpellant car, il démontre que l’on peut préférer ne pas se confronter à l’autre et l’exclure de sa vie (sans préavis) plutôt que d’exprimer ce qui ne nous convient pas, nos désaccords, nos besoins, nos limites . La liberté de la parole n’est donc pas acquise puisqu’elle peut, ne pas circuler puisqu’elle peut être empêchée.
Qu’est-ce que le « ghosting » :
Tout d’abord, le « ghosting » est une attitude d’évitement émotionnel, on refuse de se confronter à ce qui crée un malaise ou une forte émotion, ce qui dérange dans l’attitude de l’autre, on évite de dire , on ferme simplement la communication . Le « ghosting » est une rupture à minima, de la communication et souvent aussi, de la relation qu’elle soit amicale ou amoureuse, d’une façon non verbalisée.
En coupant la communication , on prive l’autre de la possibilité de s’exprimer donc on rejette sa parole et à travers sa parole, on rejette l’autre lui même . C’est en quelque sorte aussi une forme de bannissement social: je t’exclu de ma vie . Il n’y a pas d’alternative , de négociation possible , il s’agit d’un couperet.
Par conséquent , c’est une attitude qui est loin d’être anodine puisque c’est une forme de violence psychologique : une attitude passive/agressive qui prive l’autre de toute possibilité de réponse, il est également difficile de s’en préserver puisqu’il y a peu de signes à vent coureur ce qui démontre que celui qui ghoste est celui qui prend le pouvoir sur la situation/la relation . Ce qui pose alors une autre question est-ce un acte stratégique pour prendre le dessus sur l’autre?
Le « Ghosting » est-il une technique consciente faisant partie d’une stratégie pour amener l’autre à se soumettre ?
Acte de préservation ou tentative de manipulation ?
On peut ghoster pour éviter de se confronter à l’émotion de l’autre si il existe une difficulté de gestion émotionnelle pour ses propres émotions et de faire à face à celles de l’autre. Il s’agit d’éviter d’être déstabiliser donc il s’agit là d’une technique de survie , le danger c’est l’autre et ses émotions ou, l’autre et ce qu’il m’emmène à ressentir, par conséquent, je le mets de « côté » car je ne me sens pas apte à gérer , à faire face à tout cet émotionnel qu’il vient activé chez moi.
On évite également une éventuelle remise en question, ce que l’autre peut nous renvoyer sur nous, notre attitude ou nos paroles ce qui tend à montrer une faible estime de soi , de confiance en soi.
On peut chercher à se préserver d’un danger plus grand pour soi , en lien avec la peur de l’abandon/ de la trahison . C’est là aussi le mode survie qui est activé , il s’agit de se protéger d’une souffrance éventuelle que l’on craint car on l’a déjà expérimenté et on sait à quel point, elle peut être destructrice pour soi. Abandonner l’autre , avant d’être abandonné ou trahis. Dans ce cas, la personne qui « ghoste » peut estimer qu’il y a eu un début d’abandon ou de trahison donc une part d’elle , est déjà en souffrance et son souhait est de se sauver . Toutefois , en agissant ainsi elle vient « nourrir » bien souvent un autre schéma de souffrance qu’elle a déjà vécu .
Ce qui peut indiquer qu’il y a manipulation c’est quand la personne « ghoste » puis revient comme si de rien n’était . Celui ou celle qui « souffle le chaud/froid » est dans de la manipulation, il cherche à déstabiliser l’autre de façon volontaire, il ne s’agit pas de maladresse ou de chercher à se préserver mais d’avoir « prise » sur l’autre .
Les conséquences du « ghosting » sur l’autre
Comme tout acte de violence , il va venir éprouver votre gestion émotionnelle, vos blessures et donc vos failles. Il peut générer une forme de stress , d’angoisse, réveiller des peurs , des blessures d’abandon ou de rejet.
On peut se sentir déstabiliser par cette attitude soudaine et brutale , l’incompréhension peut laisser place à la colère et à un sentiment d’injustice mais elle peut provoquer aussi un effondrement .
Il est intéressant de prendre conscience de ce que l’on peut faire vivre à l’autre car c’est souvent un miroir. Si vous normalisez cette attitude c’est peut être que vous aussi, vous avez vécu certaines violences et que le rapport à la violence est banalisé. Mais en continuant à agir ainsi on continue à alimenter le cycle de la violence .
Et si en vous empêchant de dire ce qui ne va pas , ne vous convient pas, vous vous empêchiez également d’évoluer et que vous vous mainteniez dans votre souffrance , est-ce qu’il vous semblerait possible d’essayer d’agir différemment? Et de vous offrir une guérison ?


